J'eus, entre quinze et dix-sept ans, avant que mon orientation vers l'art pur ne s'affirme, l'extraordinaire chance de croiser sur ma route les influences à ne pas suivre précédant tout juste celles qui me serviront de guides. Je pus donc procéder par éliminations, rejetant déjà, grâce à une culture toute livresque, l'assurance de ceux dont la pratique occasionnelle d'une technique artistique parallèlement à un métier lucratif, n'avait pas été hissée au niveau que l'art exigeait. A maintes reprises, je retrouverai au cours de ma vie de tels énergumènes, ignorant non seulement de quoi l'art est fait mais qu'il puisse être fait de quelque chose !
Des dispositions natives pour la précision m'avaient orienté vers les arts graphiques. J'en étudiai donc une discipline, le dessin de lettre, qui me sera très utile par la suite, dans une école heureusement ouverte aussi aux disciplines artistiques fondamentales telles que le dessin de nu et la technique de l'aquarelle. J'eus accès à l'enseignement d'un peintre formé à Munich et à une bibliothèque succincte mais déjà édifiante : de cette époque date ma première rencontre avec l'art de Cézanne*.
Mon orientation vers l'art était amorcée quand je rencontrai fortuitement deux anciens camarades de collège. Grâce à eux, à la chaleur de ce revoir, de nos convergences artistiques, je fus mis au contact de deux livres-clé : « L'art » de Rodin** et « Le chef d'ouvre inconnu » de Balzac*** dont cette phrase profonde : « le vulgaire admire et le vrai connaisseur sourit » devait davantage tenir en éveil l'esprit autocritique que je tentais d'acquérir que mépriser ceux qui s'en verront embarrassés. Elle me soutiendra ma vie durant !